Nvidia emmène son matériel dans des endroits que la plupart d’entre nous ne verront jamais. Pas Mars. Pas même l’espace profond. La lune.

Il s’agit d’un changement de stratégie qui déplace les GPU des serveurs cloud vers les cratères. Lunar Outpost, une startup axée sur l’infrastructure robotique pour la Lune, a annoncé jeudi que son prochain rover s’appuiera sur les puces Nvidia Jetson pour faire fonctionner son système lidar. Si les choses se déroulent comme prévu, c’est la première fois qu’un GPU sera installé sur la surface lunaire.

Est-ce le début d’une domination lunaire basée sur l’IA ? Peut être. Ou simplement la prochaine étape pour rendre les robots suffisamment intelligents pour survivre là où les humains ne peuvent pas aller facilement.

Pourquoi la plateforme Jetson est importante pour l’espace

La puce Jetson n’est pas l’accélérateur d’IA tape-à-l’œil et massif comme les séries Blackwell ou Vera Rubin qui dominent les conversations dans les centres de données. C’est plus petit. Plus maigre. Conçu pour l’informatique de pointe et l’efficacité énergétique. C’est exactement pourquoi Lunar Outpost l’a choisi.

“Nous prenons le Nvidia Jetson”, a déclaré le PDG Justin Cyrus. Il a expliqué qu’ils le comparaient à leur plate-forme de calcul de vol actuelle, qui possède un héritage de vols spatiaux plus établi. “Nous voyons quels sont les avantages et quels sont les inconvénients.”

Le but ? Pour voir si ces systèmes performants alimentés par GPU peuvent gérer des environnements extrêmes.

L’autonomie a changé au cours des cinq dernières années. “Auparavant, notre pile était purement déterministe”, a noté Cyrus. Maintenant? C’est un mélange de logique à l’ancienne et d’IA physique. « Combiner nos modèles déterministes et la couche physique d’IA… c’est ce qui nous permet d’assurer une présence durable dans l’espace. »

Ils dirigent les deux. Parallèle. Déterminer où l’IA ajoute de la valeur, contrairement à la logique pure.

La NASA fait pression pour une infrastructure lunaire privée

La NASA ne le fait pas seule. L’agence a lancé une campagne invitant les entreprises privées à explorer la Lune avant un éventuel retour humain dès 2028. Elle reflète le modèle utilisé avec SpaceX : payer des entreprises technologiques pour construire des véhicules équipés de capteurs.

Que recherchent ces robots ? Eau. Glace. Des substances qui pourraient être utiles, voire lucratives. Cartographier le terrain est essentiel. Il en va de même pour la traque d’autres robots là-bas.

Nvidia a récemment annoncé un partenariat parallèle avec Firefly Aerospace. Ils placeront la plateforme Jetson sur un satellite en orbite autour de la Lune. Ce système orbital traitera les images pour aider les scientifiques à cartographier la Lune et à suivre l’essaim croissant de robots de surface.

“Votre système doit survivre à la nuit lunaire et doit le faire avec très peu d’énergie.”
— Justin Cyrus, PDG de Lunar Outpost

La survie est ici le véritable obstacle. La plupart des GPU dans l’espace fonctionnent en orbite terrestre basse. Ils sont protégés. Protégé des radiations et des brusques changements de température qui définissent le paysage lunaire.

La lune est différente. Rayonnement cosmique. Chaleur extrême pendant la journée. Froid glacial pendant la nuit. Une puce doit continuer à fonctionner lorsque l’environnement veut la faire frire ou la congeler.

Atterrissage sur Reiner Gamma et au-delà

Le rover de Lunar Outpost fera du stop sur un atterrisseur construit par Intuitive Machines. De là, il se dirige vers des cratères et des régions sombres qui sont notoirement difficiles à étudier depuis l’orbite.

La cible précise ? Reiner Gamma.

Il s’agit d’une anomalie magnétique à la surface de la Lune. Les scientifiques en sont perplexes. Ils ont besoin d’avoir les yeux sur le sol – ou plutôt de se concentrer sur la poussière – pour comprendre pourquoi.

La mission devrait être lancée sur une fusée Falcon 9 d’ici la fin de l’année. Simple. Efficace.

Mais le tableau d’ensemble implique la permanence. L’exploration n’est que le début. Le véritable objectif, selon Cyrus, est de passer de « l’exploration à la permanence ».

“Comment pouvons-nous réellement construire cet avant-poste sur la Lune ? … Avoir cette main-d’œuvre robotique.”

Cette main-d’œuvre nécessite une forte autonomie. Des robots capables de traiter leur environnement plus rapidement qu’un humain vêtu d’une combinaison volumineuse pourraient réagir. Des robots qui prennent des décisions lorsque le décalage radio devient trop long.

Les retards Pegasus Rove et Blue Origin

Tous les lancements ne se font pas en douceur. Lunar Outpost prépare plusieurs petits rovers autonomes. Ensuite, il y a Pégase.

Pegasus est le gros frappeur. Conçu pour transporter des astronautes, il attend un tour sur une fusée Blue Origin. Cette fusée a heurté une anomalie cet été. Le calendrier est donc incertain.

Cyrus s’inquiète-t-il ? “Ils font de sacrés progrès sur le [pad]”, a-t-il déclaré. Il ne peut pas donner de date ferme pour la reconstruction du site de lancement par Blue Origin ou la NASA. Mais en interne ? Ils s’en tiennent à l’objectif de 2028.

La lune devient de plus en plus occupée. Le matériel devient plus intelligent. Et les puces traitant ces données se rapprochent de la poussière.

Il ne faudra pas longtemps avant que nous levions les yeux et que nous nous demandions à quoi pense la lune. Ou ce que les robots là-bas préparent pour nous.