Votre cerveau ne vous montre pas la réalité : pourquoi la perception est une construction

Notre cerveau n’enregistre pas passivement le monde ; ils le créent activement. Il ne s’agit pas d’une idée philosophique, mais d’un aspect fondamental du fonctionnement de nos sens et de la raison pour laquelle nous survivons. Des sons fantômes comme les acouphènes à la façon dont nous interprétons les couleurs, ce que vous percevez n’est pas nécessairement ce qui est – c’est ce que votre cerveau vous dit.

Le cerveau comme constructeur

Le professeur de neurosciences Pascal Wallisch explique que tout ce que nous vivons est filtré par nos sens puis interprété par le cerveau. Cela signifie que la réalité n’est pas objective, mais profondément subjective ; propre à chaque individu.

“Tout ce que vous percevez est filtré pour vos organes sensoriels puis va pour votre cerveau… Si nous supposons que vous avez un cerveau unique – ce que je fais – alors vous apportez une grande partie de vous-même à ce que vous avez vécu.”

Il ne s’agit pas seulement d’illusions visuelles ou d’hallucinations auditives. Le cerveau comble les lacunes, fait des hypothèses et même crée des sensations là où il n’en existe pas. Les démangeaisons neuropathiques, par exemple, sont une sensation purement mentale qui semble intensément réelle. Même en voyant des formes dans les nuages, votre cerveau impose un sens au hasard.

La robe qui a cassé Internet

La tristement célèbre image virale de « la robe » – perçue soit en noir et bleu, soit en blanc et or – illustre parfaitement cela. Les recherches de Wallisch ont montré que la différence provenait d’hypothèses concernant l’éclairage. Les oiseaux de nuit, habitués à la lumière artificielle, avaient tendance à la voir en blanc et or, tandis que ceux plus familiers avec la lumière naturelle voyaient le noir et le bleu.

Cela démontre comment l’expérience antérieure façonne la perception. Le cerveau n’attend pas des données parfaites ; il tire des conclusions hâtives sur la base de ce qu’il « sait » déjà.

Pourquoi le cerveau fait-il cela ? Survie.

Le cerveau n’est pas conçu pour la précision ; il est conçu pour la vitesse. Dans un environnement dangereux, l’hésitation peut être fatale. Nos ancêtres qui ont agi sur la base d’informations incomplètes ont survécu pour transmettre leurs gènes.

“Vos sens ne sont pas là pour le plaisir visuel. Ils sont là pour survivre… Pour être plus rapide, il faut en gros tirer des conclusions hâtives.”

Imaginez rencontrer un tigre dans la forêt. Attendre une confirmation absolue avant de réagir reviendrait à devenir un déjeuner. Le cerveau donne la priorité à l’action plutôt qu’à la certitude absolue. Une fausse alerte (avoir peur sans raison) est préférable à se faire manger.

La matrice et les réalités plus profondes

Cela soulève une question profonde : si notre cerveau construit la réalité, quelle est la fiabilité de nos sens ? Wallisch suggère qu’ils sont « très fiables… en raison de nombreux systèmes redondants ». Cependant, il plaide également en faveur de l’humilité : nous devons reconnaître les limites de notre perception.

En fait, nous vivons peut-être dans un « espace d’intégration » de faible dimension, ignorant l’existence d’une réalité beaucoup plus profonde et inaccessible. Le cerveau nous oblige à prétendre que ce que nous vivons est tout, pour fonctionner.

“Vous, moi et tout le monde, nous partageons un espace d’intégration de faible dimension, mais il existe une réalité beaucoup plus profonde que les sens de notre cerveau ne peuvent pas voir.”

En fin de compte, notre cerveau ne nous montre pas la réalité ; ils nous montrent une version de la réalité qui nous maintient en vie. Et cette version pourrait être bien plus limitée qu’on ne le pense.